DrivEmotion
Par VDB | le 02/11/26
Pour une première, c’est une première. Alors que la solution de simplicité pour une première électrique aurait été de partir sur une citadine, d’autant que la Swift est l’un des produits iconique de la marque, Suzuki lance en premier un e Vitara, autre mythe local certes, mais s’imposant les contraintes supplémentaires d’un crossover. Ceci posé, ce e-Vitara ne sort pas de nulle part, puisqu’étudié en collaboration avec Toyota, sur la base commune au Urban Cruiser. Nous voici donc avec deux modèles portant presque le même nom dans la gamme, mais radicalement différents, si ce n’est dans leur volonté toute Suzuki de pragmatisme. En route donc pour la découverte des premiers pas de la marque Japonaise dans le monde de l’électrique.

Trapu mais pas massif, musculeux mais pas agressif, son design est un vrai mélange de nouveautés, sans que l’amateur de la marque ne soit jamais complètement déstabilisé, la recette n’étant pas du tout indigeste, bien au contraire. Pourtant, cette version électrique du Vitara n’a plus grand-chose à voir avec son prédécesseur, toujours au catalogue. Les ailes sont bien marquées, cerclés de protections plastiques mats, courants sur les bas de caisse, et qui conjugués à la garde au sol de 18cm, lui donne une vrai coté baroudeur. Les vitres, notamment à cause d’une ceinture de caisse haute, paraissent relativement petites, particulièrement à l’arrière, où elles se terminent par les poignées de portes intégrés, et légèrement en pointes. Le capot fortement nervuré ajoute à ce look 4x4 assumé. Soyons franc, ce n’est pas la plus belle voiture du monde, mais cela reste esthétiquement agréable, et parfaitement cohérent avec la philosophie de la marque, et sa fonction. Il est aussi à noter que ses 4.28 mètres de long la positionne comme sensiblement plus grande que sa sœur thermique, de presque 10 centimètres, largeur et hauteur bénéficiant aussi de dimensions légèrement majorées.
Au final, en voyant le logo sur la calandre, il n’y a pas de surprise, c’est la nouvelle Suzuki, pas de question à se poser, tout vient comme une évidence. C’est moderne sans être ostentatoire, bien dans l’ère du temps, et surtout, cela ne rebutera aucun acheteur potentiel, ce qui est probablement le plus important.
La signature lumineuse aussi a été soignée, avec une sorte de forme de diapason incliné à 90°, forme que l’on retrouve de manière stylisée au niveau des feux arrières. S’il devient difficile aussi de se démarquer dans ce domaine, c’est ici réussi, et jamais « too much ».
Qui dit dimensions en hausse, sous-entend habitabilité en hausse, et il est vrai qu’elle tient globalement ses promesses. Devant, la largeur aux coudes est plutôt bonne, même si l’imposante console centrale occupe bien l’espace. Mais il s’agit plus d’une sensation, car a aucun moment les deux passagers ne sont entravés ou ne se marchent dessus. Cette console centrale, au-delà de supporter la commande de boite, drive mode et autre frein de service électrique, propose également deux porte-gobelets, mais se voit surtout évidé en son sein, permettant des rangements pas trop visibles depuis l’extérieur ainsi que les sacro-saints connecteurs USB.
Les passagers arrières non plus n’auront pas trop à se plaindre, la place ne manquant pas pour les jambes, ni pour la tête, et encore moins pour les coudes s’ils ne sont que deux. Si déception il doit y avoir, ce sera pour le coffre. Nous connaissons des voitures 30cm plus courte proposant une contenance supérieure, sans sacrifier au bien être des passagers. Pas de freunk non plus pour les câbles, qui trouveront néanmoins un espace sous le plancher. La bonne nouvelle est que si ce coffre ne fera pas référence, il devrait néanmoins suffire au quotidien, d’autant que ses proportions bien carrées facilitent grandement son chargement. Petite attention assez agréable, une pièce recouverte de tissu vient faire la jonction entre le coffre et le dessus des sièges arrières afin de ne pas avoir d’interstice où pourraient venir se cacher de petites choses, surtout au moment de les rabattre, c’est bien vu.
Pour ce qui est du bien être à bord, la finition n’appelle pas de critique particulière. Les ajustements sont bons, et seuls quelques plastiques durs se font remarquer, ce qui est parfaitement commun à ce niveau de gamme, d’autant qu’il n’y en n’a pas tant que ça. Nous avons même le droit à un traitement de type laque à piano sur la console centrale, ainsi qu’à un revêtement strié marron sur la partie basse de la planche de bord, venant en retour sur les contre-portes. Ce mélange de rusticité et de modernité, c’est un peu la marque de fabrique Suzuki, et c’est parfaitement respecté ici, lui donnant une philosophie EDC, comprenez « Objets portés ou utiles au quotidien », comme ses clés son portefeuille ou son téléphone, et donc sa voiture. Même le bruit au claquement de porte est caractéristique, vous ne serez jamais complètement perdu au volant d’une Suzuki. Mention spéciale pour le volant offrant deux méplats en haut et en bas, particulièrement agréable au touché ainsi qu’à la manipulation.
Un promontoire intégrant les deux écrans surplombe la planche de bord. Un peu monolithique, il donnerait presque le sentiment assez agréable de n’en n’abriter qu’un seul de grande taille. Dommage que certains caractères soient un peu petit, telle l’autonomie, car il y avait largement la place pour en augmenter légèrement la taille pour plus de confort visuel. Bien entendu, le combiné instrument est paramétrable afin d’avoir toujours à l’œil vos informations préférées, GPS, batterie, distance du régulateur adaptatif, à vous de choisir. La dalle centrale aussi est paramétrable, avec un affichage plus que correct, seules quelques petites lenteurs, ainsi que quelques points d’ergonomie perfectibles sont à déplorer, mais rien de bien gênant au final. Et puis comme le constructeur a eu la bonne idée de conserver des commandes directes de climatisations, sans être obligé de passer par l’écran, le tout reste suffisamment pratique.
Le système audio est badgé Infinity, mettant immédiatement en émois notre redac’chef dont les enceintes Hifi sonorisant son salon depuis quasiment trente ans sont aussi siglées de la marque Américaine ! Aucun doute, dès les premières notes, l’esprit semble bien là. Signature sonore équilibrée, avec des basses présentes sans être envahissante (caisson de basse dans le coffre), des aigus détaillés sans êtres agressifs, et des mediums sachant se faire discrets. Il n’y a donc pas besoin de trop s’appesantir sur les réglages, et c’est tant mieux car nous devons nous contenter d’un égaliseur à trois bandes un peu chiche sur un système de cette qualité. Ce n'est pas le système le plus impressionnant du monde, mais la meilleure preuve de cet équilibre, est qu’il délivre un son de qualité, quelle que soit la source, radio FM, DAB+, streaming, clé USB avec fichiers mp3 de qualité variable ou même FLAC, tout lui va ! Et le meilleur, c’est que même sur des morceaux au mixage un peu daté, tel le « I keep forgettin » de Michael McDonald, tout se passe bien, même mieux que bien, tandis que sur un morceaux en FLAC avec de grosses basses, le caisson pas plus que les haut-parleurs des portières ne talonnent, tout cela avec un ensemble proposé de série sur notre finition Style, merci Messieurs Suzuki et Infinity.
Ecouter de la musique c’est bien, surtout dans véhicule électrique, mais rouler, c’est encore mieux. Ce e Vitara existe en deux versions de batteries, 49kWh ou 61kWh, et nous disposions de la plus importante des deux, en deux roues motrices et 174cv, sachant qu’elle existe aussi en quatre roues motrice légèrement plus puissante. Cette puissance pourrait paraitre un peu légère au premier abords compte tenu du poids annoncé aux alentours des 1 800kg, mais il n’en n’est rien, bien au contraire tant la réponse à l’accélérateur est franche, et finalement plus que largement suffisante en toute condition, que ce soit en accélération ou en reprise, et quel que soit le drive mode (eco, normal ou sport). La motricité n’a pas non plus posée de problème, mais la version à quatre roues motrices apportera à coup sûr une efficacité ainsi qu’une sécurité tout temps et tout chemin bien entendu supérieure.
La consommation relevée durant notre essai a variée entre 15,5kWh et 18kWh pour une moyenne de 16.5kWh. Si ça ne bat pas de record de frugalité, c’est parfaitement cohérent compte tenu de la puissance et du poids du véhicule. Nous aurions néanmoins une doléance en ce qui concerne le chargement, qui ne se montre pas très « user friendly ». En effet, en branchant la voiture, rien ne nous dit au tableau de bord à quelle puissance nous chargeons, le temps nécessaire ni quoi que ce soit d’autre, et c’est un peu ennuyeux, quelques informations n’auraient pas nui, même si tout cela se retrouve probablement via l’application connectée.
La régénération, si elle est présente, et permet de grapiller un peu en autonomie pour se rapprocher des 426km annoncés, mériterait une vraie attention. En effet, dans l’état actuel des choses, il faut paramétrer à l’arrêt (!) le niveau de régénération parmi les trois proposés, puis une fois en route, appuyer sur un bouton qui va l’actionner au niveau défini, sans pouvoir le modifier. Pas super pratique, même si cela fonctionne, mais un petit effort pour simplifier la chose la rendrait plus efficace.
Le châssis affiche un petit caractère 4x4, un peu ferme, sans être casse vertèbres, mais nul doute que l’on sent bien les petites saignées. C’est un choix, assumé, avec pour conséquence positive une excellente tenue de cap ainsi qu’une caisse particulièrement bien tenue, et pour tout dire, un certain plaisir de conduite. Le compromis est donc plutôt bon, et correspond probablement à ce que cherchent les clients de la marque. Un peu de confort, un peu de plaisir de conduite, et beaucoup de sérieux, le cahier des charges est parfaitement rempli. Pour rester sur le confort, auditif cette fois, l’insonorisation semble soignée, aucun sifflement aérodynamique ne s’étant signalé aux allure légales, tout comme les bruits de roulement qui restent suffisamment discrets.
Les aides à la conduites sont également relativement discrètes, disons plus discrètes que chez d’autres… Et il reste bien sûr la possibilité de les désactiver. Le maintien dans la file est toujours resté cohérent pendant notre essai, le régulateur adaptatif s’est montré sans histoire, de même que la lecture des panneaux, tout à fait correcte. Seuls bémols, l’alerte de survitesse, qui en plus de bipper trois fois, ce qui est classique, baisse légèrement le niveau sonore du système audio pour chacun de ces bips, et ça, ça, c’est vraiment agaçant ! Reste la possibilité de le désactiver, ce qui nous prive de la lecture des panneaux, dommage, nous n’étions pas loin de la perfection, mais cela reste parfaitement vivable.
L’éclairage produit par les phares mérite également des éloges. Puissant et large, le faisceau matrix led est un gage de sécurité. Là aussi il ne lui manque qu’un tout petit peu plus de de réactivité à couper les zones occupés par un véhicule arrivant en sens inverse pour être parfait, mais nous n’en sommes pas loin.
Pour un coup d’essai, à défaut d’un coup de maitre, ce e Vitara est un véhicule réussi, ce qui est déjà beaucoup. La marque n’a en effet pas forcement choisi la facilité, même en s’associant à Toyota, mais le résultat lui permet d’entrer de plein pieds dans le monde du tout électrique, tout en ne reniant aucune de ses valeurs. Toujours prête, accueillante pour la famille à partir du moment ou elle voyage relativement léger, sans surprises, ses petits défauts de jeunesse ne pèsent finalement pas bien lourd face à ses qualités indéniables, pour le plus grand plaisir des fans Suzuki, qui se languissait d’enfin pour rouler décarboné, et des autres, qui ne sont pas à l’abri d’une bonne surprise avec ce e Vitara.
Version essayée : Suzuki e Vitara Style 61kWh au tarif indicatif de 38 890€ ttc